[Projet en cours] 
Début 2024, je suis allée dans un EHPAD dans le cadre d’un article pour le journal de l’école. Une association de médiation culturelle y enregistrait un podcast. Moi, je n’y avais jamais mis les pieds.
Au départ, j’étais curieuse de voir à quoi ressemblaient ces lieux, sans avoir forcément pensé aux personnes qui les habitent, ma démarche étant plutôt centrée sur le logement. Pendant que je prenais des photos, il m’était impossible de ne pas sentir un nœud quelque part dans le ventre. Un mélange d’empathie et de tristesse. De colère et de compréhension. Il y avait ceux qui participaient, enthousiasmés de raconter leur quotidien devant un micro, et d’autres qui étaient posés là, dans le décor, sans parler, sans interagir.
J’y retourne la semaine d’après, guidée par une intuition mais sans but précis. Nous faisons le tour des chambres avec les deux jeunes qui enregistrent le podcast. J’observe et j’écoute les témoignages. Je prends quelques photos entre chaque intervention. Beaucoup parlent de la compagnie, de la fin de la solitude, des « c’étaient mes enfants qui ont décidé pour moi », dissimulant une colère envers eux. Mais l’une des dames, d’un ton posé, dit : « au fond de nous, nous savons très bien que nous allons mourir ici ». Puis elle continue : « […] Peut-être que tout le monde ne se dit pas les choses pareillement, chose que j’espérerais d’ailleurs, mais il faut dire la vérité. C’est très difficile de vivre dans un EHPAD. Il faut quand même mieux vivre. ». 
Après cette première approche en EHPAD, j’ai continué à réaliser des reportages pour la même association, ce qui m’a permis d’échanger avec de nombreux·ses résident·es de plusieurs établissements en Île-de-France — notamment le Lumières d’Automne à Saint-Ouen-sur-Seine, la Résidence Annie Girardot à Paris, l’EHPAD associatif Résidences La Maison de la Vallée des Fleurs à Stains, ainsi que la Résidence autonomie Jean Fontenelle à Avon (Seine-et-Marne), où nous avons mené un atelier photographique pendant six mois avec l'association.
À force de fréquenter ces lieux, j’ai compris que la perte d’autonomie dans les gestes du quotidien est ce qu’il y a de plus difficile à vivre, et qu’elle conduit souvent à l’isolement. La dépendance constante à l’aide d’autrui éloigne peu à peu du monde, et se heurte à une autre réalité : le manque de personnel. En France, près de 70 % des EHPAD déclarent en manquer, avec en moyenne moins d’un soignant pour chaque résident — environ 24 soignant·es pour 100 résident·es.
Le temps est compté, les présences fragmentées. Entre ce dont on a besoin et ce qui est possible, il reste souvent un vide — parfois comblé par une nouvelle amitié, une partie de domino ou, dans le meilleur des cas, une histoire d’amour.
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